Pourquoi le double vitrage rend l’aération obligatoire
Une fenêtre ancienne à simple vitrage laisse passer de l’air en permanence à travers les joints usés, les feuillures mal jointes et les mastics fatigués. On appelle ça la « ventilation par défaut d’étanchéité ». Ce n’est pas confortable, ça fait perdre de la chaleur en hiver, mais ça assure un renouvellement d’air minimal sans qu’on y pense.
Une fenêtre double vitrage moderne, avec joints EPDM sur tout le pourtour, ne laisse quasiment plus rien passer. Le débit d’air non contrôlé passe d’environ 1 volume de la pièce par heure sur une fenêtre ancienne à 0,1 à 0,2 volume sur une fenêtre récente. Sans dispositif d’aération volontaire, l’air d’une chambre devient rapidement chargé : à trois personnes dans une pièce de 12 m², le taux de CO₂ monte au-delà de 1 500 ppm en moins de deux heures, contre 400 ppm à l’extérieur.
Les conséquences sont concrètes. L’humidité s’accumule (l’humain respire environ 250 ml d’eau par heure, plus la cuisine et la salle de bain), ce qui fait apparaître de la condensation sur les vitres au petit matin, puis à la longue de la moisissure sur les joints, les murs froids et derrière les meubles. Les composés volatils libérés par le mobilier neuf, les peintures et les produits ménagers ne se dispersent plus, ce qui pèse sur la qualité de l’air respiré.
Les entrées d’air à installer sur ou près des fenêtres
La réglementation française (arrêté du 24 mars 1982 modifié, complété par le DTU 68.3) impose que les pièces principales (chambres, salon, séjour) disposent d’entrées d’air permettant un renouvellement continu. Deux dispositifs principaux existent.
Les entrées d’air en menuiserie sont des grilles rectangulaires intégrées dans le châssis ou dans le dormant de la fenêtre, en général en partie haute. Elles laissent passer un débit d’air calibré (22 à 45 m³ par heure selon les modèles) sans permettre à l’air de rentrer directement sur les occupants. Sur les fenêtres neuves, elles sont posées d’origine ; sur une fenêtre existante, on peut ajouter une entrée d’air sur le dormant en pratiquant une entaille et en fixant la grille avec des vis. L’opération demande une heure environ et coûte 15 à 60 € de fournitures selon la qualité de la grille.
Les entrées d’air murales se posent quand la fenêtre ne peut pas les recevoir (verrière fixe, imposte trop étroite). Elles nécessitent un carottage dans le mur extérieur avec une mèche de 40 à 100 mm de diamètre, puis la pose d’une grille intérieure et d’une hotte extérieure. Plus lourd à installer qu’une entrée en menuiserie, plutôt à confier à un professionnel : comptez 80 à 250 € pose comprise.
Trois types de grilles se distinguent techniquement. Les grilles autoréglables délivrent un débit constant quel que soit le vent (elles compensent la surpression). Les grilles hygroréglables A s’ouvrent en fonction de l’humidité intérieure : plus l’air est humide, plus le débit augmente. Les grilles hygroréglables B sont associées à des bouches d’extraction hygroréglables et communiquent avec un système de ventilation double flux.
Le rôle de la VMC dans l’ensemble
Les entrées d’air ne fonctionnent pas seules. Elles laissent entrer l’air dans les pièces principales, mais il faut aussi extraire l’air vicié dans les pièces techniques (cuisine, salle de bain, WC). C’est le rôle de la VMC (ventilation mécanique contrôlée).
Une VMC simple flux aspire l’air par des bouches situées dans les pièces humides et rejette cet air à l’extérieur par une gaine dans les combles. L’air neuf entre naturellement par les grilles de fenêtre et compense l’aspiration. C’est le système le plus répandu en habitat individuel, à 500 à 1 500 € pose comprise.
Une VMC double flux insuffle mécaniquement l’air neuf dans les pièces principales tout en extrayant l’air vicié des pièces humides. Un échangeur récupère la chaleur de l’air extrait pour préchauffer l’air entrant (jusqu’à 80 à 90 % de récupération sur les modèles récents). Ce système supprime le besoin d’entrées d’air en fenêtre, mais coûte plus cher (3 500 à 8 000 € installation comprise) et demande des gaines dans toutes les pièces. Il se rentabilise plutôt sur une construction neuve ou une rénovation lourde.
Sur une fenêtre récente, vérifiez que le système d’aération est cohérent avec le reste du logement : entrée d’air en menuiserie si vous avez une VMC simple flux, absence d’entrée en menuiserie si vous êtes en double flux (une entrée d’air non nécessaire créerait un court-circuit et réduirait le rendement du système).
Les bons gestes du quotidien
Même avec des entrées d’air correctement dimensionnées et une VMC en état, l’ouverture régulière des fenêtres reste utile pour trois raisons.
Aérer chaque pièce cinq à dix minutes par jour, fenêtres grandes ouvertes, renouvelle l’air plus efficacement qu’une entrée d’air passive : le débit d’air atteint plusieurs volumes de la pièce en quelques minutes, ce qui évacue rapidement l’humidité accumulée pendant la nuit et les composés volatils.
Aérer en hiver ne fait pas perdre beaucoup de chaleur contrairement à ce qu’on imagine. L’air d’une pièce ne stocke qu’une petite fraction de la chaleur totale ; les murs, le mobilier et le sol conservent la température. Cinq minutes de fenêtre ouverte à 15 °C extérieur font descendre la température ambiante de un à deux degrés, qu’on récupère en dix minutes de chauffage normal.
Pour les pièces à forte production d’humidité (salle de bain après une douche, cuisine pendant la cuisson), une aération complémentaire par la fenêtre en plus de la VMC évite que l’humidité ne migre vers les pièces voisines. Pour les principes qui régissent l’aération d’une pièce humide et les conséquences quand elle est insuffisante, ce guide sur les avantages d’une bonne aération dans la salle de bain détaille les repères à connaître.
Une fenêtre double vitrage bien étanche est un atout thermique, à condition d’avoir prévu comment l’air se renouvellera. Si votre menuiserie n’a pas d’entrée d’air et que vous constatez de la condensation le matin sur les vitres, ajouter une grille en menuiserie règle le problème pour moins de 100 €.

